Maman - On n'est pas prêt, mais l'enfant prématuré paraît

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Pieds de bébé
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Après une grossesse difficile, une hospitalisation pour retarder le jour J, quelques mises en garde dissimulées sous d'innocentes questions ("Avez-vous demandé un rendez-vous avec un pédiatre spécialisé en prématurité?"), voilà le réveil brutal à 7h30 : "Césarienne d'urgence, amenez la vite au bloc !".

Les équipes sont compétentes et à l'écoute et pourtant, c'est une réelle épreuve que de devoir vivre le pire jour de ma vie alors que ça devrait être le plus beau.

J'ai eu peur que mon bébé ne survive pas et je dois gérer la culpabilité de ne pas avoir pu garder en mon sein ce bébé si petit.

Avant de vivre cette épreuve, je voyais les prématurés comme des petits êtres étranges de par leur physique particulier, un peu à la E.T., et fragiles avec leur cathéter et leurs tuyaux plus gros qu'eux.

Puis, plongée brutalement dans cette turpitude, j'ai dû apprendre à regarder mon fils si fort, si courageux. Ce ne sont pas les parents d'enfants prématurés qui sont courageux.

Ils sont pris dans un tel tourbillon médical qu'ils n'ont pas le temps de se poser la question s'ils sont courageux ou non. Ils vivent l'instant comme il se présente.

Les plus courageux sont ces petits êtres, qui doivent se battre pour respirer, pour boire 5 ml de lait, pour avoir leurs premières selles, pour supporter le tuyau dans la bouche qui les gêne tant mais qui les nourrit, pour vivre dans cet univers chaud qu'est la couveuse mais si loin du ventre maternel.

Les parents, eux, doivent réapprendre les règles. Nous avons une fille ainée qui est née à terme, par voie basse, qui faisait un poids normal pour une taille normale. Nous étions elle et moi dans une chambre de maternité normale, avec des visites normales de proches, avec un photographe de maternité normal qui est venu essayer de soutirer des photos à un prix anormal.

Là, mon fils est né à 32 SA par césarienne, il pesait 1200 grammes pour 38 cm. Nous avons été séparés 5 jours, étant dans deux hôpitaux différents, et personne à part mon mari et moi-même, ne pouvait le voir.

J'ai ressenti une énorme culpabilité de ne pas avoir su mener à terme cette grossesse. Et le pire est que je sais qu'objectivement, je n'y suis pour rien. Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne saute pas à l'élastique toutes les semaines, je ne boxe pas, je n'ai aucune conduite à risque.

Nous avions "juste" un problème d'échange sanguin entre mon bébé et moi. "Juste". Et pourtant, je ne peux m'empêcher de penser que le problème vient bien de quelque part. Et quand je vois mon fils si petit, si fragile et si innocent, ça ne peut pas venir de lui. Donc ça vient de moi. CQFD.

Je sais très bien que si c'était arrivé à un proche, je lui aurais juré que ça n'était pas de sa faute. Mais cette culpabilité est énorme et je ne peux pas la balayer.

Les hormones post accouchement n'ont pas non plus contribué à me rendre super joyeuse, le baby blues n'aide vraiment pas dans ce cas là...

Je me suis aussi longtemps sentie seule car mes proches ne comprenaient pas la profondeur de cette culpabilité. Ils essayaient de me faire prendre un nouveau départ avec des "Bon allez, maintenant, tu arrêtes de culpabiliser!".

Mais comment faire quand on a son petit bout qui vous rappelle, à chaque fois que vous le voyez, l'échec de votre rôle de maman ?

Tous les témoignages de maman de prématuré que j'ai pus lire allaient généralement en ce sens : nos proches ont du mal à nous comprendre. Ce qui m'a réellement fait du bien est d'écouter des mamans de prématuré ou d'anciens prématurés me raconter leur vécu.

Et puis au fil des jours, mon fils va de mieux en mieux. Il passe des étapes : il n'a plus le respirateur, il prend du lait maternel (que je tire donc toutes les 3 heures) à la pipette, d'abord 2 ml puis 5 ml puis 10 ml...

Je peux le prendre en peau à peau, on lui retire son cathéter central (= "qui va au cœur"), puis de la réanimation néonatale, il est transféré en néonatologie, dans le premier hôpital où j'ai accouché. Je vis ensuite la première mise au sein, le premier bain, puis la grosse étape de la sortie de couveuse pour aller dans un lit, où il est habillé. Et enfin la sortie.

La sortie est vécue pour beaucoup de familles de prématuré comme une seconde naissance. Je l'ai vécue comme la naissance heureuse, celle où nous pouvons le toucher sans blouse ou masque, celle où notre fille aînée de 3 ans peut toucher son petit frère et plus le voir uniquement derrière une vitre.

La famille fut réunie après 1 mois et 3 semaines passés à l'hôpital. Le suivi médical est assez lourd, il a été opéré de deux hernies inguinales mais pour l'instant, il n'a pas de séquelles détectées.

Il a aujourd'hui 3 mois et demi, il met des vêtements taille 1 mois, il ne pèse que 3,9 kg mais sourit beaucoup et commence à gazouiller.

Le traumatisme est toujours là et sera toujours là mais il s'atténue. Nous faisons des projets de vacances, même si prenant un congé de présence parentale nous devons faire attention car je serai bien moins payée.

La vie reprend ses droits et un bébé reste un bébé. Il n'a pas eu les "Oh qu'il est beau !" à la maternité mais il a une bonne étoile qui lui a permis d'être aujourd'hui parmi nous en bonne santé.

On n'aura pas de suuuuperbes photos du photographe de maternité mais nos photos numériques d'un bébé crevette avec pleins de tubes autour de lui.

Avant, nous parlions d'un petit troisième avec mon mari. Là, nous semblons vaccinés. .

Jusqu'à une prochaine envie ?


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Edité par Ce.ce@voila.fr Publié le 13-04-2010
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